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01 février 2010

Israël dans l'UE ?

Décidément, Silvio Berlusconi a le chic pour provoquer des débats. Sa dernière sortie concerne l'adhésion prossible d'Israël à l'UE. Et si on oubliait le personnage à l'origine de l'idée ainsi que les à-priori pour réfléchir sérieusement à la question ?


Je vous propose de réfléchir à la question suivante : Israël a-t-il sa place dans l'UE ? A quelles conditions ? Sous quels délais ? Pour cela, je propose de réfléchir point par point.

Economiquement

Au départ, l'UE est née de la CEE, à vocation économique. Il semble donc logique de se demander si Israël peut intégrer l'UE. En consultant Wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_PIB_%28nominal%29_par_habitant) on constate qu'Israël serait 16ème sur 28 états membres en termes de PIB/hab, ce qui est un indicateur basique mais fiable. Il faut relativiser puisque Israël reçoit des aides massives venant des USA. Mais en tout état de cause, il n'y a pas de raison de refuser Israël si on accepte la Hongrie ou la Pologne.

Politiquement

L'UE est très claire là-dessus : tout candidat doit être une démocratie répondant à des critères stricts. Droits de l'homme, liberté de la presse, procédures judiciaires... Un état membre doit être labellisé "démocratie". Or, si Israël est incontestablement un régime démocratique, il y a quand même quelques bémols. Il y a, tout d'abord, la situation des "arabes israéliens" qui sont souvent relégués au statut de citoyens de deuxième catégorie. Il y a ensuite la question de la séparation de l'état avec la religion, même si ce n'est pas pire que dans certains pays déjà membres. Il y a enfin la question palestinienne.

L'UE peut-elle accepter un état membre en état de guerre et dont l'armée est régulièrement accusée d'abus. Quoi qu'il en soit des autres critères, je pense que la candidature d'Israël ne devrait pas être acceptée aussi longtemps que la question palestinienne n'est pas réglée de manière satisfaisante pour toutes les parties.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu'Israël est politiquement très proche des USA. L'intégration du Royaume-Uni avait déjà soulevé des questions à l'époque. Ce pays ne risque-t-il pas d'être une deuxième tête de pont ? Je ne veux pas faire de procès d'intentions mais il me semble que la question mérite d'être posée.

Les frontières

L'adhésion éventuelle d'Israël poserait immanquablement la question de l'identité européenne et des frontières de l'Europe.

Une chose est sure, je ne vois pas sur quels critères géographiques on refuserait la candidature de la Turquie en acceptant celle d'Israël (je suis sur que des abrutis vont mal interpréter ma phrase et vont parler de critères économiques et politiques). Si on admet qu'un pays situé au Proche-Orient a le droit de postuler, alors il faut admettre que la Turquie y a droit également. De là, on admet que si Israël peut adhérer quand elle remplira toutes les conditions ALORS la Turquie pourra faire de même.

La question se pose même alors pour le Liban, le Maroc, la Syrie... Si Israël, dont aucune portion de territoire n'est en Europe, a le droit de postuler, le projet européen doit être redéfini.

Aux niveaux culturel et historique, on arguera de la proximité du peuple hébreux avec le peuple européen, de la continuité judéo-chrétienne. C'est faire fi que l'Islam est aussi une religion du livre. C'est oublier que les Ottomans et les Maures ont longtemps eu un pied en Europe. C'est oublier également le passé colonial de la Syrie au Maroc.

Conclusion

Au plus j'y réfléchis, au plus cette proposition m'apparait comme prématurée, voire déplacée. Israël doit d'abord faire la paix avec ses voisins. Israël doit également faire la paix avec lui-même et améliorer deux ou trois points de régime qui laissent à désirer.

L'UE, de son côté, n'est pas prête à aborder sereinement cette question. Une réflexion posée sur un blog tenu par un universitaire, c'est une chose. Mais un débat populaire, un débat politique public tournerait à la foire d'empoigne.

Sans me prononcer sur le fond de la question, je pense que ce serait rendre un bien mauvais service à l'Europe que de se lancer dans un tel débat maintenant.

Commentaires

"Sans me prononcer sur le fond de la question, je pense que ce serait rendre un bien mauvais service à l'Europe que de se lancer dans un tel débat maintenant."
Je le crois aussi, d'autant que ce pays est en guerre, et qu'il se fiche éperdument des injonctions onusiennes et de ce fait du droit international. "Keine Frage" dit on en allemand.

Ecrit par : Buggenhout François | 03 février 2010

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