01 février 2010
Spiritualité athée
Les croyants, quels qu'ils soient, n'ont pas le monopole de la spiritualité ! On peut tout à fait être athée et avoir une vie spirituelle. Je vais le montrer aujourd'hui.
Quand un catholique ou un musulman apprend que je suis athée, il me demande souvent d'un air atterré comment je peux vivre sans spiritualité. Je lui réponds alors qu'on peut être athée, ne croire en rien (au sens religieux) et avoir une spiritualité. Pourquoi donc la spiritualité devrait-elle être réservée aux croyants ?
La spiritualité fait partie de ces concepts faciles à saisir mais difficiles à définir de manière parfaitement satisfaisante. Elle exprime généralement le besoin d'autre chose, autre chose que le réel, le matériel. La croyance en une âme, en un ou plusieurs divinités, à la vie après la mort... Tout cela exprime le besoin de croire qu'il y a plus que la matière. Pour un athée (au sens large) tout cela n'est que fadaises. Le réel, c'est le matériel, ce qu'on peut saisir avec nos sens, éventuellement assistés d'outils plus ou moins complexes allant de la paire de lunettes au microscope électronique.Pour un athée, il n'y a pas de dieux, pas plus que d'âme, de miracles ou de Père Noël. La vie après la mort et la résurrection sont pour lui des fables destinées à rassurer les gens dont le caractère n'est pas assez ferme pour supporter l'idée de leur propre fin.
Il ne faut pourtant pas croire que la vie des athées serait sèche et sans intérêt. Que du contraire : de nombreux athées font preuve d'une spiritualité extraordinaire et ils sont généralement plus épanouis que les croyants à la petite semaine ! Cela s'explique par le fait qu'ils trouvent leur propre voie spirituelle, celle qui leur convient. Ils ne sont pas coincés entre une aspiration personnelle et des dogmes imposés puisque ces derniers sont absents de leur vie. Mais en quoi peut bien consister cette spiritualité athée ?
Ce n'est pas parce qu'un être humain n'a pas d'âme au sens religieux qu'il est dépourvu d'esprit. En science, on appelle "propriété émergente" un phénomène qui est produit par un système complexe sans qu'aucun des composants du système soit destiné à faire naître ce phénomène. Pour un athée pur et dur, l'âme est un concept utile pour désigner une propriété émergente de ce système complexe qu'on appelle un corps humain. Il n'y croit pas, il constate que les mécanismes physiques et chimiques qui engendrent la biologie engendrent également, dans le cas d'Homo Sapiens, une pensée consciente qu'on peut appeler "âme". Un athée peut très bien vouloir soulager son âme en accomplissant certains actes, ou lui faire du bien en se procurant certaines sensations.
La Terre, l'univers, la vie... toutes ces choses sont magnifiques, d'une beauté à couper le souffle. On peut en admirer la finesse, la complexité, la beauté sans être croyant. Je pense même qu'elles sont encore plus fascinantes si on admet qu'elles sont le produit de la contingence. Prenez une orchidée : est-il plus merveilleux qu'elle soit créée par un démiurge caractériel ou qu'elle soit apparue grâce à l'évolution ? Il n'est nul besoin de croire en un dieu pour être émerveillé devant la beauté des Cyclades, la majesté du Grand Canyon ou la force des Chutes Victoria. Ces choses sont belles per se. Il y a des athées contemplatifs, qui se retirent volontairement du monde et ne maintiennent avec les hommes qu'un commerce minimum afin de mieux profiter du spectacle de la Nature. Deus sive natura ? Même pas besoin ! Natura, et puis c'est tout.
Pour finir, ce n'est pas parce qu'un athée ne croit pas à la vie après la mort qu'il sera tragiquement désespéré. Au contraire, la plupart des philosophes athées font preuves qu'une gaieté contagieuse. En l'absence de valeurs imposées à coup d'enfer, de paradis, de karma ou de dieux vengeurs, ils se forgent leur propre système et, contrairement à beaucoup de croyants, il s'y tiennent ! Leurs valeurs sont alors le plus souvent des valeurs eudémonistes ou hédonistes. Leur morale ne sera pas transcendante mais utilitariste. Leur réflexion ne sera pas centrée sur Dieu mais sur eux-même et sur les relations qu'ils tissent avec le Monde.
La spiritualité athée est une chose fantastique. Vous devriez essayer !
07:56 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : spiritualité, religion




Commentaires
Bien d'accord avec vous. Je vous suggère la lecture du livre
de Jane Roberts "Seth parle". Voir www.leslivresdeseth.net
Bien à vous, Jacques FC.
Ecrit par : Jacques DEHAES | 01 février 2010
J'apprécie, et je partage votre point de vue. Je n'ai rien de plus à dire, vous avez tout dit. J'aime bien votre prose.
Ecrit par : Buggenhout François | 01 février 2010
vous avez bien vu, on ne peut vivre sans spiritualité, meme en etant athé, et chacun choisit son mode de croyance, religieuse quelle soit ou materiel, le plus importan c de qroire en quelque chose, meme si cette chose et ce construit de choses et tout a fait le contraire des croyances religieuses.
pour ma part je me suis toujours reservé le droit de me poser la question: et si l'autre a raison? et de la je demarre avec une antithese a tout ce que j'ai bati, tout mon potentiel d'acquis ideologique et je le remet en cause de font en comble.
et enfin j'ai abouti a une conclusion assez surprenante:
des fois il n'ya pas de synthese, c'est soit l'un au l'autre, et c'est la qu'on doit prendre une decision, et c'est la ou l'on tranche pour l'un ou pour l'autre et ca sera pour la vie;
et pour la question de savoir si l'autre a raison ne nous donne en aucun cas le droit de se tremper de cible. car c'est facile de s'obstiner a croire qu'on a raison, et le plus difficile de discuter avec l'autre que pout aussi avoir raison, et dans le cas ou il n'ya pas de juste milieu entre nous peut on avoir le courage de basculer.
et la je pose une qustion: quelle est la difference entre le reel et l'illusion:
ma definition et l'illusion est:" ce n'est pas ce qu'on croit avoir vu, mais ce que les gens s'obstinent a ne pas voir"
le reel c'est ce que les gens accepte de voir, et tout ce qu'ils refusent de voir devient illusion.
Ecrit par : faywood | 01 février 2010
Lire aussi le très bon livre de Comte-Sponville : L'esprit de l'athéisme.
Pour le moment, je lis "Nietzsche et la vie spirituelle", écrit par un philosophe issu du sérail catholique. C'est assez intéressant.
Ecrit par : Le Sanglier | 01 février 2010
Bien vu, bien pensé et bien dit. J'aimerais toutefois nuancer l'affirmation " les athées ne sont pas coincés entre une aspiration personnelle et des dogmes imposés puisque ces derniers sont absents de leur vie". Est ce le cas de tous les athées dans le monde, quel que soit l'environnement socioculturel dans lequel ils évoluent? Je ne le pense pas, surtout pas dans les pays où même la laïcité est bannie, proscrite. Les dogmes marquent une présence plus ou moins forte, selon les pays et les époques. Parfois, ils finissent par s'imposer de manière tyrannique dans l'environnement de l'athée, dans sa vie sociale au quotidien (mais pas dans sa vie intérieure). D'où son sentiment d'être coincé entre ses aspirations personnelles (et ses convictions intimes, son idéal spirituel) d'une part et les dogmes qui l'assiègent. D'où enfin la facture qu'il devra payer soit en résistant aux dogmes imposés (nager contre le courant tout puissant) soit en renonçant (du moins en partie) à ses libertés personnelles de croyance.
Ecrit par : Abdellatif | 02 février 2010
Au niveau comportemental, d'accord. Mais aucun régime, aussi totalitaire soit-il, ne pourra forcer un athée à croire en des dogmes religieux. Il pourra le forcer à faire semblant, mais pas à y croire vraiment.
Ecrit par : Le Sanglier | 02 février 2010
On est bien d'accord: uniquement au niveau comportemental et ce n'est pas dû au totalitarisme du régime politique mais de la tyrannie d'une autre autorité, celle que les penseurs des Lumières ont combattue (et vaincue?)en France depuis des siècles: le fanatisme ancré dans la quasi-totalité de la communauté.
La question que j'aimerais vous poser: faire semblant de croire en des dogmes (parce qu'on est soi-disant forcé à le faire),n'est-il pas une forme de renonciation à ses libertés personnelles, à sa propre spirualité?
Ecrit par : Abdellatif | 02 février 2010
Excellente question !
L'avantage de l'athée sur le fidèle, c'est qu'il n'a pas de rites imposés. Il n'a pas de temples, de prêtres, de prières, de symboles religieux, de codes vestimentaires... Son comportement n'est dicté que par ce que lui souffle sa raison. Si un facteur extérieur, quel qu'il soit, le force à adopter des rites ou des codes qui ne sont pas les siens, il peut faire semblant. Mais surtout, il ne risque pas de se trahir par ses propres rites et codes.
Ceci dit, il est évident que cela sera mal vécu. En termes nietzschéens, c'est un obstacle à sa volonté de puissance. Mais toujours selon Nietzsche c'est le dépassement de ces mêmes obstacles qui caractérise le fort, donc le surhomme. Selon le caractère et l'orientation philosophique de l'athée, et du point de vue de sa spiritualité, cela sera vécu comme une occasion de se surpasser ou comme une limitation. J'avoue que pour le coup je serais assez peu nietzschéen et plutôt enclin à pester. Epicure, par contre, était athée (ou agnostique, ça ne change pas grand chose ici) mais préconisait de s'adapter à la situation de la Cité et de sacrifier à la tradition religieuse locale pour ne pas s'attirer d'ennuis.
Donc, je pense que ce sera à chaque athée de trouver sa voie. D'ailleurs, n'est-ce pas ce qui caractérise l'athéisme et fait sa grandeur par rapport aux religions ?
Ecrit par : Le Sanglier | 03 février 2010
Merci pour la réponse que je trouve convaincante parce que réaliste. Tout dépend donc du "caractère et de l'orientation philosophique" de la personne athée, avant tout, quel que soit le contexte socio-culturel dans lequel il évolue. Pas de recette valable dans l'absolu. Si on est athée nitzschéen,on va jusqu'au bout dans le respect de sa propre spiritualité, quitte à endurer "la malédiction"(si ce n'est pas plus grave) des autres qui forment le troupeau qu'on appelle société. On risque de le payer cher dans certaines communautés, mais on doit assumer sans regret. Si on est athée épicurien, on préfère "dribbler" ou "slalomer"(pour emprunter des termes sportifs), esquiver les obstacles trop durs posés sur notre chemin, accepter des concessions,perdre les petites batailles pour gagner la grande bataille de la vie (qui aura le sens qu'on lui donne). Bref,jouer sur le Paraître pour gagner l'Etre. Je ne sais si mes propos sont clairs.
Ecrit par : Abdellatif | 05 février 2010
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